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Où héberger ses passeports : le QR est imprimé pour dix ans, pas votre abonnement

Un code cousu dans un vêtement doit répondre toute sa vie. Ce que le règlement autorise, ce qu'il exige quand l'entreprise disparaît, et le trou qu'il laisse : rien ne protège l'adresse imprimée.

Un QR imprimé sur une étiquette est une promesse d'une nature particulière. Il ne se corrige pas, il ne se met pas à jour, et il continue d'exister dans une penderie longtemps après que la collection a été soldée.

Voici un passeport de démonstration tel qu'un client l'ouvre : composition, origine, entretien, certification, numéro de lot. La question que cette page pose n'est pas de savoir à quoi elle ressemble. C'est de savoir qui répondra à son adresse en 2036.

Le règlement européen a une réponse partielle, plus intéressante que ce qu'on en lit, et il laisse un trou que personne ne signale.

Ce que le règlement autorise vraiment

Commençons par le point que les plateformes de traçabilité oublient systématiquement de citer. L'article 11 du règlement ESPR dit, à son point c, que le passeport « est stocké par l'opérateur économique responsable de sa création ou par des prestataires de services de passeport numérique de produit ».

Autrement dit, l'auto-hébergement est explicitement permis. Vous n'avez aucune obligation de confier vos passeports à un tiers, et un discours commercial qui laisse entendre le contraire décrit son offre, pas le droit.

L'article ajoute que l'accès doit être gratuit et facile pour une longue liste d'acteurs, que l'authenticité et l'intégrité des données doivent être assurées, et que les prestataires ne peuvent ni vendre ni réutiliser vos données au delà du nécessaire. Il ne pose en revanche aucune exigence de disponibilité, de redondance ou de fréquence de sauvegarde. Pas de garantie de service, rien.

Ce qu'il exige quand l'entreprise disparaît

C'est là que le texte est plus précis qu'on ne s'y attend, et l'exigence pèse sur le marchand, pas sur son prestataire.

L'article 11, point e, veut que le passeport « reste disponible pendant la période précisée dans les actes délégués, y compris après une insolvabilité, une liquidation ou une cessation d'activité dans l'Union » de l'opérateur qui l'a créé.

Et l'article 10, paragraphe 4, pose le geste concret : l'opérateur économique, au moment de mettre le produit sur le marché, « met à disposition une copie de sauvegarde du passeport par l'intermédiaire d'un prestataire de services de passeport numérique de produit ». La même condition revient parmi les obligations du fabricant et de l'importateur, en précisant qu'il s'agit de la version la plus à jour.

Quant à la durée, l'article 9 laisse chaque acte délégué la fixer, avec un plancher : elle doit correspondre au moins à la durée de vie attendue du produit. Pour un vêtement, cela se compte en années, pas en mois.

Le trou : rien ne protège l'adresse imprimée

Maintenant la partie que je n'ai vue nulle part, et qui se vérifie en lisant le texte plutôt qu'en le résumant.

Le mot « persistant » n'est défini nulle part. L'article 10 exige un identifiant unique et persistant, et le règlement ne dit pas ce que persistant veut dire. Pas de durée, pas de critère.

Le règlement ne parle jamais d'adresse web. Ni URL, ni lien hypertexte, ni adresse internet n'apparaissent dans son dispositif. L'identifiant doit « permettre un lien web vers le passeport », et c'est tout. Rien n'impose que l'adresse encodée dans le code imprimé soit stable, transférable, ou résoluble par un tiers si l'hébergeur d'origine a disparu.

Les règles applicables aux prestataires n'existent pas encore. L'article 11 habilite la Commission à les fixer par acte délégué, et à prévoir « le cas échéant » un schéma de certification. C'est une habilitation, pas une règle. Un prestataire qui se présente aujourd'hui comme certifié anticipe un texte qui n'est pas écrit.

Le résultat tient en une phrase. Le règlement exige que le passeport survive à la mort de l'entreprise, il oblige à en déposer une sauvegarde chez un tiers, mais rien ne fait survivre l'adresse gravée dans le QR. Si ce code pointe vers le domaine de votre prestataire, la sauvegarde existera peut-être quelque part, et le vêtement mènera quand même à une erreur.

Le registre européen ne vous sauvera pas

Il est tentant de croire que le registre ouvert en juillet 2026 sert de filet. Il ne le sert pas, et le détail vaut d'être connu.

Le registre ne contient pas les passeports. Il enregistre l'identifiant, le code marchandise, une référence vers l'hébergeur et, le cas échéant, le lien vers la sauvegarde. C'est l'opérateur vérifié qui doit tenir ces informations « exactes, complètes et à jour à tout moment ».

Trois choses coincent. Le statut d'opérateur vérifié expire au bout de trois ans, et un opérateur qui n'est plus vérifié ne peut plus modifier ses données : une société dissoute ne mettra donc jamais son entrée à jour. Aucune disposition ne traite le cas d'une référence morte, celle qui pointe vers un serveur éteint. La vérification a lieu au dépôt, et il n'y a ni recontrôle, ni mécanisme de reprise pour une inscription orpheline. Un considérant évoque bien la possibilité de transférer une inscription à un autre opérateur vérifié, sans article ni procédure pour l'organiser.

Enfin, les données du registre sont supprimées dix ans après l'enregistrement lorsque le droit de l'Union ne fixe pas d'autre durée. Un manteau peut vivre plus longtemps que son inscription.

Ce que ça implique pour une boutique

Une seule décision compte vraiment, et elle se prend avant d'imprimer quoi que ce soit : quel nom de domaine part dans le code.

Si le QR encode l'adresse de votre prestataire, vos passeports vivent aussi longtemps que votre contrat avec lui. Changer d'outil voudra dire réimprimer, ce qui n'est possible que pour les vêtements encore en stock. Les autres sont déjà partis.

Si le QR encode votre propre domaine, l'adresse vous appartient. Vous pouvez changer de logiciel, refaire votre site, migrer d'hébergeur, tant que le chemin continue de répondre. Le domaine devient la seule chose à ne pas perdre, ce qui est un problème bien plus simple à gérer.

La norme européenne EN 18221, publiée en mai 2026, porte précisément sur le stockage, l'archivage et la persistance des données. Elle est payante, donc ce qui circule sur son contenu précis est de seconde main, y compris ici, et l'horizon de quinze ans que l'on voit répété vient de billets commerciaux, pas du texte.

Et quand le vêtement change de mains

Le règlement s'occupe peu de la seconde vie, et ce qu'il en dit vaut d'être connu.

Quand un nouveau passeport est créé pour un produit qui en avait déjà un, il doit être lié à l'original. C'est le cas de la remise à neuf : un produit remanufacturé est un produit neuf, mais sa chaîne de passeports reste rattachable.

Les réparateurs, les remanufacturiers et les recycleurs, eux, n'apparaissent dans le texte que comme des lecteurs. Ils consultent, ils n'écrivent pas, sauf si un acte délégué en décide autrement, puisque c'est lui qui désignera les acteurs autorisés à créer ou mettre à jour les données.

Quant aux biens d'occasion, ils circulent sans avoir à respecter les actes délégués postérieurs à leur mise sur le marché.

Il n'y a rien, en revanche, sur le rachat d'une marque ou la cession des passeports eux-mêmes. Si votre société est reprise, le sort de vos passeports relèvera du contrat de cession, pas du règlement. Une raison de plus pour que l'adresse soit adossée à un domaine identifiable comme un actif.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Quatre gestes, aucun urgent, tous peu coûteux.

Traitez le domaine comme un actif. C'est lui qui porte la promesse imprimée. Renouvelez-le sur plusieurs années et faites-le figurer là où vous listez vos autres actifs, pas seulement dans une facture d'hébergement.

Regardez le chemin, pas seulement le domaine. Une adresse construite sur un identifiant interne de boutique meurt à la première migration. Un identifiant propre au passeport survit à un changement de plateforme.

Vérifiez que vous pouvez sortir vos données. Peu importe l'outil, vous devez pouvoir récupérer vos passeports sous forme de fichiers lisibles, sans demander la permission.

Sachez que la sauvegarde chez un tiers arrive. L'obligation est écrite, elle pèsera sur vous et non sur votre logiciel, et ses modalités ne sont pas encore fixées. Rien à faire aujourd'hui, sinon ne pas s'enfermer chez un prestataire qui rendrait ce dépôt impossible.

Ce que fait DPTag, et ce qui arrive si vous arrêtez de payer

La question mérite une réponse nette, parce qu'elle se vérifie.

Les pages de passeport sont servies par l'extension gratuite, depuis votre WordPress et votre domaine. La page publique ne vérifie aucune licence. Les traductions déjà écrites sont stockées avec le passeport, et servies par le gratuit également.

Donc si un abonnement Pro s'arrête, les passeports déjà publiés continuent de répondre, traductions comprises. Ce que vous perdez est la capacité d'en fabriquer de nouveaux plus vite : l'export en masse, le QR vectoriel, l'éditeur de traduction et le remplissage automatique. Pas les pages, pas les adresses, pas les données.

Une nuance, pour être complet. L'add-on ajoute aussi des palettes de page, votre couleur de marque et votre logo. Celles-là s'en vont avec lui, et la page reprend alors l'un des thèmes livrés dans l'extension gratuite. Elle change d'allure, elle ne cesse pas de répondre.

Trois questions à poser à n'importe quel outil

Elles valent pour DPTag comme pour ses concurrents, et les réponses se vérifient en quelques minutes.

Quel domaine figure dans le QR que vous générez ? Si c'est le leur, la durée de vie de vos étiquettes est celle de leur entreprise.

Que deviennent les passeports publiés si j'arrête de payer ? Une réponse acceptable dit ce qui continue de fonctionner, pas seulement ce qui s'arrête.

Puis-je exporter mes passeports et les réhéberger sans changer l'adresse ? Le règlement exige déjà des données transférables sans dépendance à un fournisseur. Un outil qui ne sait pas répondre à cette question aujourd'hui n'y répondra pas mieux dans cinq ans.

Pour ce que doit contenir un code imprimé, voir l'étiquette et le QR. Pour le point de départ, voir le passeport vu depuis WooCommerce.