La question paraît administrative. Elle décide en réalité de la quantité de travail qu'un passeport représente, parce qu'entre traduire pour les marchés où l'on vend et traduire dans les vingt-quatre langues officielles de l'Union, le rapport est de un à cinq.
Trois textes se superposent ici, et aucun ne dit la même chose. Le plus intéressant est que la règle applicable au passeport ne se trouve pas là où on la cherche.
L'étiquette : la langue du pays où le produit est vendu
C'est le seul point déjà applicable, et il est net. L'article 16 du règlement (UE) 1007/2011 dispose que l'étiquetage ou le marquage « est effectué dans la ou les langues officielles de l'État membre sur le territoire duquel les produits textiles sont mis à la disposition du consommateur, à moins que l'État membre concerné n'en dispose autrement ».
Donc pas la langue de votre siège, pas l'anglais par défaut : celle du marché de destination. Une seule exception étroite existe, pour les fils à coudre, à repriser et à broder vendus à l'unité, qui peuvent porter n'importe quelle langue officielle des institutions de l'Union sous condition d'étiquetage inclusif.
Reste la fin de la phrase, « à moins que l'État membre concerné n'en dispose autrement ». Quels États en ont profité ? Je n'ai trouvé aucun registre officiel de ces dérogations : le règlement n'impose aux États ni notification ni publication, et la Commission renvoie vers les points de contact nationaux. L'idée répandue selon laquelle « certains pays acceptent l'anglais » est donc à traiter comme une rumeur de secteur tant qu'une source nationale n'est pas citée, pays par pays.
Le passeport : la règle n'est pas dans le chapitre du passeport
Voici la partie qui surprend. Le chapitre du règlement ESPR consacré au passeport numérique ne contient aucune disposition sur la langue. Ni les articles sur son contenu, ni ceux sur sa conception technique.
La règle est ailleurs, dans le chapitre sur les exigences d'information. Son article 7 dit que les informations fournies au titre des exigences d'information « sont fournies dans une langue aisément compréhensible par les clients, telle que déterminée par l'État membre sur le marché duquel le produit doit être mis à disposition ».
Et le passeport est précisément une exigence d'information : l'article 9 prévoit qu'un produit ne peut être mis sur le marché que si son passeport est disponible. La règle de langue l'attrape donc par construction.
La conséquence pratique est franche. Personne ne vous demande vingt-quatre langues. On vous demande la langue des marchés où vous vendez, et c'est l'État de destination qui la détermine.
Ce que la France ajoute par-dessus
Si vous vendez à des consommateurs français, une couche nationale s'ajoute, et elle est plus large que l'étiquette.
L'article 2 de la loi du 4 août 1994, dite loi Toubon, rend l'emploi du français obligatoire « dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, la description de l'étendue et des conditions de garantie d'un bien, d'un produit ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances ». L'alinéa suivant étend la règle à toute publicité.
Deux points comptent pour une boutique en ligne. La loi est d'ordre public, ce qui veut dire qu'aucun contrat ni conditions générales n'y dérogent. Et le ministère de la Culture précise qu'elle couvre les biens commercialisés en France « y compris lorsqu'ils sont importés ou proposés sur des sites et plateformes de vente en ligne ». Le critère est donc de vendre vers la France, pas d'y être établi. Le contrôle relève de la répression des fraudes, et le manquement est une contravention de quatrième classe.
À noter, le décret qui organise la fiche produit de la loi AGEC ne contient ni le mot langue, ni le mot français, ni le mot traduction : il encadre le support, pas la langue. C'est donc la loi Toubon qui fournit l'obligation manquante, ce qui est une déduction juridique et non une règle citée.
Le registre européen traduit le schéma, pas vos données
Une confusion utile à lever. Le règlement qui crée le registre ne contient aucune exigence de langue, mais il prévoit que le référentiel sémantique porte « des libellés et des définitions multilingues pour tous les attributs de données obligatoires ».
Autrement dit, la Commission traduit les noms des champs, pas leur contenu. Que le champ s'appelle composition, Zusammensetzung ou composición ne vous dispense pas d'écrire la valeur dans la langue de votre client.
Combien de langues, concrètement
L'Union compte vingt-quatre langues officielles. Aucune règle ne dit qu'un passeport doit toutes les porter, et aucune consigne ne désigne un sous-ensemble.
Le calcul utile part donc des pays où vous expédiez. Un pays donne une langue, sauf les États multilingues : la Belgique en demande deux, le néerlandais et le français, le Luxembourg le français et l'allemand, Malte le maltais et l'anglais.
Une boutique française qui vend en France, en Belgique, en Allemagne et en Espagne arrive donc à quatre langues, pas vingt-quatre. C'est un après-midi de travail, pas un projet.
Ce qui se traduit, et ce qui ne se traduit pas
Quatre catégories, et la première est celle qui piège.
Les noms de fibres ne se traduisent pas librement. Le règlement de 2011 fixe en annexe I une liste de dénominations harmonisées, avec une désignation officielle par langue. Le coton, la viscose ou l'élasthanne ont chacun un nom officiel en polonais comme en finnois, et ce n'est pas nécessairement celui qu'une traduction automatique proposera. C'est le champ le plus exposé du passeport, et le seul dont la traduction est déjà normalisée ailleurs.
Les noms propres ne se traduisent pas du tout. Votre marque, et les noms de certifications, qui sont des marques déposées. Un label reste écrit à l'identique dans les vingt-quatre langues.
Les nombres ne se traduisent pas, ils se formatent. Un pourcentage et une température de lavage changent de présentation selon les pays sans que la valeur bouge.
Reste ce qui est réellement de la prose : les consignes d'entretien écrites en toutes lettres, une mention d'origine, une précision sur la durabilité. C'est là que la traduction fait son travail, et c'est la partie la moins risquée.
Par quelle langue commencer
Deux critères, dans cet ordre.
Celle que la loi impose le plus durement. Si vous vendez en France, le français n'est pas une option, et il l'était déjà avant le passeport. Le même raisonnement vaut pour tout marché dont vous connaissez une exigence nationale.
Ensuite le volume. Une langue par marché, en commençant par celui qui pèse le plus dans vos expéditions.
Un conseil de méthode pour finir : traitez tout le catalogue dans une langue avant d'attaquer la suivante. Le vocabulaire se répète d'un produit à l'autre, et la cohérence est bien plus facile à tenir en une passe qu'en alternant.
La traduction automatique est-elle acceptable ?
La réponse honnête est qu'aucun texte ne le dit, ni pour l'autoriser ni pour l'interdire. J'ai cherché du côté européen comme du côté français, et toutes les affirmations catégoriques que l'on trouve remontent à des billets d'agences de traduction, pas à un régulateur.
Ce que le droit fixe, c'est le résultat : une information compréhensible, dans la langue exigée, et la responsabilité en incombe au professionnel. Il ne dit rien de la méthode.
La conséquence est simple et vaut mieux qu'une règle imaginaire. La façon dont vous produisez la traduction est libre, et sa justesse reste la vôtre. Ce qui mérite une relecture n'est donc pas la prose, mais les champs qui portent des faits : une composition, un pays, une consigne d'entretien. Une tournure maladroite fait mauvais effet, une matière mal traduite fabrique une déclaration fausse.
Ce que fait DPTag
Le partage est net, et il se vérifie.
L'extension gratuite sert les passeports traduits. La page publique honore une langue demandée, mais seulement si le passeport la propose réellement, sinon elle revient à la langue source. Ce détail évite qu'un paramètre fantaisiste fabrique une page en cache pour rien. Les libellés de la page sont livrés dans vingt-trois traductions, de sorte que le mobilier de la page est dans la bonne langue même quand vos valeurs ne le sont pas encore.
L'add-on Pro apporte ce qui manque pour les écrire : l'éditeur de traduction, la traduction assistée par IA, et la détection des marchés, qui suggère les langues à préparer à partir des pays où vous expédiez, sans jamais les imposer. Les destinations hors Union ne suggèrent rien, puisque la règle est une règle de marché européen.
Deux choix de conception méritent d'être mentionnés, parce qu'ils se discutent. La marque n'a délibérément pas de champ traduisible, c'est un nom propre. Et traduire le nom du produit est facultatif : laisser le champ vide sert la boutique qui veut que la page colle à l'étiquette imprimée.
Si vous arrêtez un abonnement Pro, les traductions déjà écrites restent stockées avec le passeport et continuent d'être servies. Le raisonnement complet est dans où héberger ses passeports.
Pour le point de départ, voir le passeport vu depuis WooCommerce, et pour l'étiquette elle-même, ce qui est obligatoire et où le QR se pose.